À l’occasion des 60 ans du lycée Condorcet de Sydney, John MacColl a publié un document exceptionnel retraçant l’histoire de cet établissement. Ce témoignage inédit est joint à cet article

Rien ne prédestinait John MacColl, banquier franco-australien originaire de Boulogne-sur-Mer, à fonder un lycée. C’est pourtant lui qui, au tournant des années 1980, va consacrer plus de trente ans de sa vie à ce projet. Arrivé en Australie après le décès de sa mère, formé à la Commonwealth Bank avant d’être recruté par la BNP pour développer son French Desk, il se retrouve à la croisée des mondes français et australien au moment où la France cherche à renforcer sa présence dans la région.
Tout commence par une visite officielle de Claude Cheysson, ministre des Affaires étrangères sous François Mitterrand : la France a besoin d’un établissement digne de ce nom en Australie pour accompagner ses investissements et regrouper les quelques classes primaires dispersées à Bondi et le secondaire logé dans une école privée. Un groupe de travail est constitué. Les expatriés vont et viennent. John MacColl reste, et se retrouve seul aux commandes du dossier.
Sa stratégie porte la marque de son métier : ne jamais emprunter au-delà de 50 % de la valeur du futur établissement, s’endetter en dollars australiens pour éviter tout risque de change, et surtout anticiper. Il obtient les subventions de l’AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger) et la garantie de l’État français avant même de disposer d’un site, plaçant les fonds à la BNP où ils fructifient en attendant. En parallèle, il se fait élire au Conseil supérieur des Français de l’étranger en 1981, où il siégera près de vingt-quatre ans, devenant président de la commission de l’enseignement et des affaires culturelles. Des sénateurs comme Xavier de Villepin et Jacques Habert l’appuient. Il fait sa valise pour Paris toutes les huit semaines. Le lobbying, lui aussi, fait partie du travail.

Le lycée ouvre d’abord ses portes à Maroubra, dans une ancienne école catholique pour jeunes filles au 88 Cooper Street, dont MacColl négocie le bail à 60 000 dollars annuels, contre les 200 000 initialement demandés par l’Église, à force d’arguments financiers et sentimentaux. Les effectifs croissent vite : 330 élèves là où le site n’en peut accueillir que 300. Puis survient ce que John MacColl appelle lui-même « une bonne étoile » : en 2003, quelques semaines après l’obtention de la garantie de l’État français par l’ANEFE (Association Nationale des Écoles françaises à l’étranger basée à Paris) dont il fut aussi le trésorier pendant 14 années, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud met en vente l’école publique de Maroubra. La France en devient acquéreur par acte du Parlement, première puissance étrangère à racheter un établissement public australien. Le lycée Condorcet, qui accueille aujourd’hui plus de 1 200 élèves, était né pour de bon.
Aujourd’hui âgé de 77 ans, MacColl dit ne regretter qu’une chose : le temps pris sur sa vie de famille. Pour le reste, il puise sa motivation dans une histoire familiale marquée par la guerre, la résistance et l’esprit de service, une mère qui l’emmenait distribuer des colis aux familles dans le besoin sur les quais de Boulogne. C’est pour que cette mémoire fondatrice ne disparaisse pas qu’il a accepté de témoigner, soixante ans après les premiers balbutiements du lycée. « La chance arrive à ceux qui l’attendent et qui la cherchent », conclut-il. Il en sait quelque chose.
MacColl souhaite que l’on n’oublie jamais que ce grand lycée existe aussi grâce:
– au fort soutien de l’AEFE (Agence pour l’Enseignement à l’Etranger),
– à la qualité et à compétence des enseignants et des proviseurs,
– au dévouement des conseils d’administration représentant les parents d’élèves, et de leurs présidents,
– ainsi qu’à la coopération et au soutien des autorités françaises en Australie et en France.
Ce lycée a été et restera un magnifique exemple de solidarité dans la communauté française en Australie et de coopération et d’amitié entre la France et l’Australie.
Cet article est accompagné en annexe du document historique de John McColl .





















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