L’amiral David Johnston a apporté son soutien militaire à la décision d’acquérir trois sous-marins Virginia-class de seconde main auprès de la marine américaine, après les annonces faites en marge du Dialogue de Shangri-La à Singapour.
L’amiral David Johnston, chef des forces de défense australiennes (CDF), a pris la parole cette semaine pour défendre le nouveau cap fixé dans le cadre du pacte AUKUS : l’Australie recevra désormais trois sous-marins nucléaires de seconde main — et non plus un mélange de bâtiments usagés et neufs — en provenance de la marine américaine.
Cette clarification intervient dans la foulée des annonces faites par le ministre de la Défense Richard Marles lors du Dialogue de Shangri-La à Singapour dimanche, lors duquel il a rencontré ses homologues américain Pete Hegseth et britannique John Healey. L’Australie avait initialement prévu de recevoir deux sous-marins Virginia-class d’occasion et un neuf. Désormais, les trois seront des bâtiments en service dans la marine américaine.
« Chasser la simplicité » : l’argument du gouvernement
Marles a défendu ce revirement en mettant en avant la logique opérationnelle. En n’acquérant que des sous-marins du même type, les équipages australiens n’auront pas à maîtriser plusieurs variantes avant que le modèle SSN-AUKUS conçu spécifiquement pour l’Australie ne soit prêt, vers 2042.
« Ce que nous aurons ici, c’est un chemin bien plus simple. Les sous-marins Virginia-class que nous acquerrons seront tous du même type. Je ne peux pas assez souligner l’importance de cela, aussi bien pour les sous-mariniers qui les opèrent que pour les personnels chargés de leur maintenance. », Richard Marles, ministre de la Défense
Le ministre a également estimé que le coût total de l’accord AUKUS, évalué à au moins 370 milliards de dollars australiens sur plusieurs décennies , ne connaîtrait pas de changement « fondamental », représentant environ 0,15 % du PIB australien sur la durée du programme.
Un calendrier confirmé, malgré les doutes sur la production américaine
Le premier sous-marin Virginia-class doit arriver en Australie en 2032, suivi d’un autre tous les quatre ans, avant que le modèle australien SSN-AUKUS ne soit opérationnel. En attendant, l’Australie prolonge l’utilisation de ses sous-marins Collins-class vieux de 30 ans, avec une extension de service d’une dizaine d’années supplémentaires.
La décision de n’acquérir aucun bâtiment neuf soulève néanmoins des questions sur la capacité industrielle américaine. Les chantiers navals américains produisent actuellement entre 1,1 et 1,2 Virginia-class par an, bien en deçà de l’objectif fixé, et Washington tente de doubler ce rythme pour répondre à la fois à ses propres besoins et aux engagements pris envers Canberra.
Des critiques de tous bords
L’opposition a réagi avec scepticisme. Le sénateur Greens David Shoebridge a été particulièrement direct :
« Le Parti travailliste est allé à Singapour en ayant promis un mélange de sous-marins d’occasion et de neufs. Il en est revenu en ayant accepté que seuls des bâtiments d’occasion sont disponibles. Ce n’est en aucun cas une victoire. » Sénateur David Shoebridge, Greens
Le ministre fantôme de la Défense, James Patterson, a pour sa part exigé « une explication en bonne et due forme de la part du gouvernement — bien plus qu’une simple phrase dans un communiqué conjoint ».
Des experts en défense soulignent également que les sous-marins d’occasion auront une durée de vie restante plus courte que des bâtiments neufs, ce qui pourrait intensifier la pression sur la transition vers le modèle SSN-AUKUS.
Johnston à la tête d’un moment charnière
L’amiral Johnston, premier officier de la marine à diriger les forces de défense australiennes depuis sa prise de fonction en juillet 2024, a insisté cette semaine sur l’urgence d’accroître les investissements en infrastructure militaire. S’exprimant lors d’une conférence de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI), il a estimé que pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Australie pourrait avoir à mener des opérations de combat depuis son propre sol.
Sa succession est déjà prévue : le vice-amiral Mark Hammond doit prendre la tête des forces de défense en juillet 2026.
Le contexte géopolitique, toile de fond de tout
Le Dialogue de Shangri-La s’est tenu dans un contexte de montée en puissance économique et militaire de la Chine. Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a déclaré à SBS News que les États-Unis étaient « reconnaissants » du soutien australien, tout en avertissant que d’autres alliés devaient intensifier leurs dépenses militaires. En avril, l’Australie avait déjà annoncé un plan d’augmentation de son budget de défense, de 63,4 milliards à 112,1 milliards de dollars australiens sur dix ans — soit un passage de 2,8 % à 3 % du PIB.
Le programme AUKUS, dans son ensemble, reste le plus grand investissement de défense de l’histoire australienne. Le gouvernement a déjà engagé 3,9 milliards de dollars australiens pour la construction d’un chantier naval à Osborne, en Australie-Méridionale, destiné à accueillir la future production de sous-marins SSN-AUKUS.
Sources : SBS News, Global Defense Corp, South China Morning Post, Strategic Analysis Australia (juin 2026).





















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