Dire que j’ai eu le plaisir de rencontrer Cathy Wilcox en personne ! L’observer, l’écouter, échanger avec elle. Une de ces rencontres dont on sait qu’elles comptent. Cathy Wilcox, c’est cette plume acérée qui, depuis des années, saisit l’air du temps sur les pages du Sydney Morning Herald et de The Age. Une dessinatrice de presse, oui, mais bien plus que cela : une penseuse visuelle hors pair, une voix qui transforme le présent en le rendant plus acceptable.
Ce talent, Cathy Wilcox l’a affiné dès ses débuts en France, alors qu’elle n’avait que vingt ans. Elle y a fait ses premières armes, illustrant pour Speak Easy, un magazine conçu pour les apprenants de l’anglais édité par Fernand Nathan. De cette époque, elle garde le souvenir d’une effervescence artistique, entre les pages de Marie Passion et la communauté d’expatriés qui s’y formait. Plus tard, c’est le journalisme qui l’attire en Australie, ce désir de saisir l’actualité, de la croquer.
Elle aurait pu travailler pour Le Monde mais Paris, c’était aussi “l’hiver gris, les longues files à la préfecture”, me dit-elle. Elle a choisi Sydney, sans jamais oublier ce lien avec la France. Un lien qu’elle a cultivé à travers Cartooning for Peace, cette association fondée par Plantu. Là, parmi des dessinateurs de presse du monde entier, elle a trouvé une communauté de cœur, une tribune de vérité. Certains en paieront le prix fort, comme Tignous – qu’elle a côtoyé – et tous ses acolytes de Charlie Hebdo.
À Paris, lors du Cartooning Global Forum, ou en Nouvelle-Calédonie, ses dessins dialoguent avec le monde. Pourtant, être dessinatrice de presse n’a rien d’un long fleuve tranquille. « On a la liberté de presse en Australie, sauf… sauf quand il ne faut pas dire ceci ou cela », m’a-t-elle confié avec un sourire. Une liberté sous condition, qu’elle défie avec élégance.
Au final, Cathy Wilcox, c’est l’esprit libre qui dialogue avec le monde à coups de crayon. C’est aussi l’écho de ce que Simon Fieschi nous a laissé, lui qui avait survécu à la tuerie de Charlie Hebdo avant de disparaître, une semaine après être venu nous parler au Philo Bistro. Une ombre lumineuse qui plane encore, comme un rappel cruel de la fragilité des voix libres.
Et le mercredi 10 septembre 2025, j’aurai le plaisir de recevoir Cathy Wilcox à l’Alliance Française de Sydney pour un Philo Bistro exceptionnel sur l’art du cartoon… et sur la recherche de la vérité. Alors je questionnerai Cathy sur ses dessins les plus marquants, ceux qui ont défini sa carrière, ceux qui ont provoqué, fait rire ou bouleversé. Nous parlerons aussi des défis de la caricature en temps de crise, de la liberté d’expression, de ces lignes rouges qui ne cessent de bouger.
Faire ce Philo Bistro avec elle en septembre, c’est aussi poursuivre l’œuvre de Dominique Barbeau, qui prépare son départ du board de l’Alliance Française. Elle qui a permis des Philo Bistro mémorables, comme celui avec Julia Zemiro, qui avait attiré 90 personnes, capté par une équipe de collègues vidéastes. Ce rendez-vous avec Cathy s’inscrit dans cette continuité, avec le sceau de Dominique Barbeau, que je remercie ici.
Avec Dominique, Cathy, Simon, Tignous, et tous les autres humanistes-activistes qui sont à la croisée des chemins de la liberté et de la vérité, j’ai l’impression de vivre dans un monde meilleur. Et en son centre, je vois un dessin de Cathy Wilcox, un de ceux qui emploie une langue universelle. Une langue qui, entre deux traits, nous parle de nous.
Olivier Vojetta
www.oliviervojetta.com





















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