L’année passée la Tasmanie a subi le printemps le plus sec et le plus chaud de son histoire. Au barrage Miena, les précipitations pour le mois d’octobre ne s’élevaient qu’à 10,2 mm, un triste record bien en dessous de la moyenne qui se situe autour des 75 mm. Le mois suivant fut le deuxième novembre le plus sec jamais enregistré.
Pour la zone de nature sauvage de Tasmanie inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO, les forêts pluviales normalement détrempées représentent une fortification contre les feux qui détruisent souvent les plaines de Tasmanie. Toutefois, leurs mousses fluorescentes ont pris une teinte vert pastel inhabituelle, suite à la chaleur. Les mois de décembre et janvier ont battu les records de chaleur estivale. Une simple étincelle pouvait tout faire partir en fumée.
Le 13 janvier, lors d’un violent orage, la foudre a provoqué plus de 70 incendies qui ont ravagé l’île. En quelques jours, les flammes ont percé les fortifications désormais asséchées et ont attaqué la zone inscrite au Patrimoine mondial. Pendant plus d’un mois, le feu s’est propagé à travers ces plaines extrêmement fragiles.
Au bord d’un plateau, un champ spectaculaire de plantes en coussins délimitait autrefois la partie nord de la zone de nature de Tasmanie. Ces fragiles communautés végétales représentent le squelette de leurs ancêtres. Au fur et à mesure des siècles, elles amassent des monticules verdâtres qui enflent et ressortent de la tourbière. Aujourd’hui, elles ressemblent à des cakes brulés.
Une longue vallée glaciaire s’étend, dépourvue de couleurs, seules des branches calcinées et des roches brûlées gisent çà et là, signes du chaos qui a régné dans la région. Les rochers renvoient encore la chaleur malgré qu’une averse inopinée ait éteint les flammes il y a quelques semaines. À chaque pas, le sol d’habitude spongieux recrache de la poussière. L’écorce carbonisée des grands pins millénaires resplendit d’un noir irisé.
Seuls quelques recoins ont pu préserver la vie. Grâce à certaines zones particulièrement humides, à un rocher protecteur ou à un coup de vent fortuit, quelques mètres carrés de tourbière sont encore recouverts ici et là de mousse de sphaigne, d’astelia, d’honeybush et de plantes en coussins. Mais, à l’instar des photos de jeunes décédés trop tôt, ces plantes vivaces ne soulignent que trop bien la tragédie amère et irrémédiable qui vient de réduire en cendres les hectares alentours.
Lorsque les vandales de l’État islamique ont détruit les temples de Palmyre en Syrie, le monde, écœuré par ces horreurs, a répondu avec une rage universelle et appropriée. Le directeur général de l’Unesco a qualifié cette destruction de « crime de guerre ».
Après six semaines d’incendies intenses qui ravagent la Tasmanie, l’Unesco reste silencieuse. Toutefois, si les avertissements alarmants des scientifiques spécialistes des forêts se confirment, cet été annonce une nouvelle ère de déclin pour l’écosystème du Gondwana. Contrairement aux forêts d’eucalyptus, les plantes de la région ne peuvent pas se régénérer après le passage d’un feu de forêt. Une fois carbonisées, les plantes meurent. Dans cette zone peu habituée aux incendies, les troncs calcinés d’arbres millénaires continueront à brûlés sans pouvoir se régénérer. Certes, certaines espèces résistant au feu survivront, mais la transformation sera catastrophique.
C’est pourquoi, nous attendons que l’Unesco réponde à ce désastre, avec la même ténacité démontrée face à l’EI.
Source : The Guardian


















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