Découvrez la préface du livre Le Courrier Australien Collector’s Edition écrite en Novembre 2019 par la regrettée Jacqueline Dwyer, décédée ce mardi 7 Avril 2020 à Sydney. Pilier de la communauté Franco-Australienne, elle avait une affection particulière pour Le Courrier Australien, et ce n’est pas sans émotion que nous la publions aujourd’hui.
« C’est avec une grande tristesse que j’ai appris le décès de Jacqueline Dwyer ce matin. C’était une personne fascinante, la mémoire de la relation franco-australienne au fil du temps. Nous aimions beaucoup converser et partager des anecdotes sur la Belgique et le Nord de la France. Elle a grandi en Australie avec Le Courrier Australien et c’était une énorme joie et fierté pour moi quand elle a accepté d ‘écrire la preface de notre livre collector.
Elle aimait vraiment le journal et n’hésitait jamais à nous envoyer des messages pour nous encourager et nous féliciter pour notre travail réalisé au quotidien. C’est une grande dame qui s’en ait allé et toute la communauté franco-australienne est en deuil aujourd’hui », témoigne François Vantomme, le Rédacteur en chef du Courrier Australien.
Toute la rédaction du Le Courrier Australien, Bernard Le Boursicot OAM, Co-owner et François Vantomme, Co-owner/Rédacteur en chef, présentent leurs condoléances à sa famille et ses proches.
Préface (novembre 2019)
« Le Courrier Australien a marqué de nombreux Australiens d’origine française, dont je fais partie. Dans les années 30 mes parents s’étaient abonnés à ce journal pour être informés des événements, tant en France qu’en Australie, susceptibles d’intéresser la communauté française. Le journal était principalement rédigé en français.
Enfant, je repérais et collectionnais ces nouveaux mots français, tout en apprenant à lire l’anglais à l’école primaire australienne. À la maison, je m’entraînais à reconnaître différents mots français dans mes livres d’enfant, sur les pochettes des disques gramophone ou sur les étiquettes des bagages. Mon père, Jacques Playoust, se joignait à moi.
L’Australie était embryonnaire lorsque cette publication historique a été créée. Le pays était alors un groupement de colonies gouvernées séparément. La période exaltante de la ruée vers l’or était terminée et la dépression lui avait succédée. Heureusement, un nouvel or, la laine, posait les bases d’une économie australienne prospère. Le commerce de la laine avait amené un certain nombre d’experts français et belges à acheter aux enchères australiennes. C’était le cas de Georges Playoust et de son jeune frère Joseph, originaires de Tourcoing. D’énormes quantités de laine étaient alors nécessaires pour approvisionner les grosses usines textiles du nord de la France et de l’Europe.
Le Courrier Australien vit le jour en 1891. Il relatait scrupuleusement le développement des affaires françaises et les influençait aussi activement. Ainsi, le journal, qui déplorait depuis quelque temps l’absence d’une chambre de commerce française, publia en première page l’annonce par le Consul général Biard d’Aunet d’une réunion à la bourse de la laine pour la constitution d’une nouvelle chambre. Ce fut Georges Playoust, négociant en laine, qui en fut élu président.
La naissance de la Chambre de Commerce française fut saluée par un banquet à l’Hôtel Australia. Des invités prestigieux y participèrent, comme le premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, George Reid, accompagné de plusieurs ministres. Leur présence était une forme de reconnaissance de la valeur qu’accordait l’état de Nouvelle-Galles du Sud au commerce de la laine entre les deux pays. Le dîner fut décrit en anglais et en français dans le Courrier Australien, et dans le Sydney Herald en anglais.
C’est à la suite de cet événement que le Courrier Australien s’autoproclama l’organe de presse officiel du Consulat, de la Chambre de Commerce et de l’Alliance Française.
Sur les photographies du Sydney de l’époque, on peut constater à quel point les institutions françaises étaient proches les unes des autres : Consulat de France, Chambre de Commerce, Alliance Française et Société Française de Bienfaisance étaient tous situés à deux pas de la bourse de la laine, renforçant encore le sentiment communautaire.
En 1901, les colonies australiennes se fédérèrent pour former le Commonwealth d’Australie et deux ans plus tard, George Reid fut élu Premier ministre — avant d’être rapidement battu par une forte opposition, dans l’état du Victoria, à son soutien au libre-échange.
L’actuelle Chambre de Commerce franco-australienne, la FACCI (French Australian Chamber of Commerce and Industry), témoigne de la continuité des relations franco-australiennes encouragées par le Courrier Australien.
Célébration de la fête nationale à Sydney le 14 juillet 1914
Les cérémonies débutèrent par la réception du Consul général au Consulat de France, et se poursuivirent par un pique-nique populaire dans les jardins d’agrément de Cabarita, près du port. Ce pique-nique avait été organisé par un groupe de membres de la Société Française de Bienfaisance pour lever des fonds. Les invités officiels déjeunèrent dans un pavillon central. Les allocutions furent prononcées indifféremment en anglais et en français. Georges Playoust, qui faisait habituellement de vibrants discours patriotiques en français — minutieusement retranscrits par le Courrier Australien — était absent ce 14 juillet.
Il se trouvait au milieu de l’océan Atlantique sur un navire qui le ramenait à Sydney, avec sa femme et son fils, alors que menaçait d’éclater la Grande guerre de 14-18. Lorsque l’armée française fut mobilisée, son fils Stéphane dut interrompre son voyage pour rejoindre son régiment en France.
Ce 14 juillet 1914, William Holman, le très francophile Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, fit un discours que le Courrier rapporta scrupuleusement. Cet éminent homme d’état commença par déplorer l’absence de M.Playoust.
À peine dix ans s’étaient écoulés depuis la signature de l’Entente cordiale entre les gouvernements britannique et français. Après avoir affirmé qu’il avait toujours soutenu la civilisation, M.Holman déclara que c’était seulement lorsque ces deux pays travaillaient ensemble que la civilisation progressait le plus vite. Il ajouta que « l’entente entre les deux peuples français et anglais était un devoir envers l’intérêt général et l’harmonie du monde ».
Le gouvernement de M.Holman aida financièrement les associations caritatives françaises pendant les 4 années du conflit. M.Holman accepta aussi la co-présidence avec Mme Playoust d’une nouvelle œuvre de charité, la French Australian League of Help. L’objet de celle-ci était de créer des ateliers de confection où des volontaires fabriquaient des vêtements de bonne qualité, qui étaient ensuite expédiés en France pour les victimes civiles, les veuves et les orphelins de guerre.
À peine 26 ans plus tard, la Deuxième Guerre mondiale débuta après que les forces allemandes, contrôlées par le parti nazi d’Hitler, eurent envahi la Pologne. Les tanks d’Hitler déferlèrent en France et les forces françaises, trop faibles, ne purent leur résister. La population était divisée, entre ceux qui restaient loyaux envers le pacifiste Maréchal Pétain, déjà âgé, et ceux qui avaient été inspirés en entendant à la radio l’appel du Général de Gaulle aux Français à résister à l’envahisseur nazi.
J’ai entendu ce bref message radiophonique à Sydney, lors de sa rediffusion par ABC. J’ai pu observer à quel point le Courrier Australien a soutenu la France Libre avec ses bordures en rouge et bleu. André Brenac, un ami proche de ma famille, a déclaré publiquement son soutien au Général de Gaulle en utilisant le Courrier Australien comme porte-parole.
Le journal sommeilla ensuite quelque peu après ces jours glorieux et le décès de son propriétaire. Mais grâce à deux citoyens dévoués, le Courrier Australien a ressuscité sous une nouvelle forme digitale et touche désormais quotidiennement une communauté française bien plus large en leur offrant une couverture sérieuse et complète de l’actualité.
Des historiens, des professeurs et des amis ont joint leurs efforts pour assembler cette édition de collection à l’intention des futures générations. »
Jacqueline Dwyer (née Playoust)
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