Le futur président des négociations de la COP31 a déclaré à l’AFP lundi que la guerre au Moyen-Orient soulignait la nécessité de « sortir des énergies fossiles » et a rejeté les critiques selon lesquelles les sommets climatiques de l’ONU perdraient de leur pertinence.
Chris Bowen, également ministre australien du Climat et de l’Énergie, a estimé que les nouvelles inquiétudes concernant l’approvisionnement mondial en carburants, alors que l’Iran et Israël poursuivent leurs frappes, ne faisaient que « démontrer les risques » liés à la dépendance aux énergies fossiles.
« La bonne nouvelle, c’est que la réponse à la crise de court terme et à la crise de long terme est essentiellement la même : réduire notre dépendance à une source d’énergie qui […] ne fera que devenir plus instable », a déclaré Bowen à l’AFP lors d’un entretien exclusif en marge des négociations climatiques intermédiaires de l’ONU à Bonn.
« Nous devons sortir des énergies fossiles », a-t-il ajouté.
Il s’est toutefois abstenu d’expliquer comment sa présidence des négociations de novembre pourrait débloquer l’impasse sur la question des énergies fossiles qui paralyse les dernières COP et a provoqué une fronde lors du sommet précédent au Brésil.
« Un résultat ambitieux »
Bowen doit faire face non seulement à un choc pétrolier historique, mais aussi à une coalition de pays de plus en plus déterminée à accélérer la sortie des énergies fossiles, principale cause du réchauffement climatique d’origine humaine.
La COP31 est organisée et présidée par la Turquie, mais Bowen dirige les négociations dans le cadre d’un accord inédit conclu après que Canberra et Ankara se sont disputé l’accueil du plus important sommet climatique mondial.
Dans les mois à venir, il devra préparer un consensus entre près de 200 pays alors que la guerre secoue les marchés de l’énergie, que les États cherchent à sécuriser leurs approvisionnements et que le changement climatique recule dans l’ordre des priorités politiques.
Les réunions de Bonn permettent chaque mois de juin aux négociateurs gouvernementaux de régler les aspects techniques et de réduire les divergences sur l’action climatique mondiale avant que les dirigeants ne prennent les décisions majeures lors de la COP31.
« Nous discutons avec les parties de ce qu’elles souhaitent voir émerger et nous essaierons d’aboutir à un résultat très ambitieux », a déclaré Bowen, qui a participé aux quatre dernières COP en tant que ministre du gouvernement de centre-gauche du Premier ministre Anthony Albanese.
Le sommet de l’an dernier au Brésil s’est conclu par un accord limité qui ne mentionnait pas explicitement les énergies fossiles, et de nombreux pays craignent un scénario similaire en l’absence d’un leadership plus affirmé.
Lundi, l’Alliance des petits États insulaires, particulièrement vulnérables au changement climatique, a estimé que les pays ne pouvaient plus ignorer « l’éléphant au milieu de la pièce » et a averti que toute solution n’impliquant pas une réduction progressive des énergies fossiles revenait à « masquer les fissures ».
Un travail « difficile »
Frustrés par le manque de progrès lors du dernier sommet, près de 60 pays ont participé en avril en Colombie à une réunion inédite consacrée à l’accélération de la transition hors des énergies fossiles, en dehors du processus onusien.
Bowen a qualifié cette conférence parallèle de Santa Marta de « contribution positive », sans toutefois préciser comment ses conclusions pourraient être intégrées à un accord final.
« Le consensus se construit en novembre grâce à un travail acharné. Je n’ai pas accepté cette mission parce que je pensais qu’elle serait facile. Je suis ici pour accomplir des choses difficiles », a-t-il déclaré.
De nombreux pays critiquent le système de décision par consensus des COP, qui permet à une poignée d’États de bloquer les avancées. Bowen a cependant rappelé que « c’est le système que nous avons » et qu’il « ne changera pas ».
Il a souligné que les pays, grands ou petits, restent tous dépendants des énergies fossiles à différents degrés, y compris l’Australie, grand exportateur de charbon et de gaz mais fortement dépendante des importations pour l’essence, le diesel et d’autres carburants.
Bowen avait d’ailleurs annulé son premier déplacement à l’étranger en tant que chef des négociations de la COP31 en avril après l’incendie d’une raffinerie australienne.
« Historiquement, l’Australie est sans aucun doute un mauvais élève du climat, mais elle peut aussi utiliser son statut de grand producteur d’énergies fossiles pour mener la conversation sur la transition énergétique », a déclaré à l’AFP à Bonn Simon Bradshaw, responsable COP31 chez Greenpeace Australia Pacific.
Bowen a répondu que chaque pays « possède son propre profil en matière d’énergies fossiles » et que « nous sommes tous concernés ».
« Ce n’est pas uniquement la responsabilité des importateurs. Ce n’est pas uniquement celle des exportateurs. C’est précisément à cela que sert une COP : réunir toutes les parties autour de la même table. »
Selon lui, les COP « envoient un signal au reste du monde » montrant que la question climatique est prise au sérieux.
« Nous devons envoyer un signal très positif. Je suis convaincu que nous pouvons y parvenir », a-t-il conclu.





















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