En visite officielle à Perth, Adélaïde et Sydney, le ministre délégué chargé du Commerce extérieur a réaffirmé la solidité du lien franco-australien et rendu hommage à l’ambassadeur Pierre-André Imbert, qui quitte l’Australie pour rejoindre l’Élysée.
C’est dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les incertitudes du commerce mondial et la recomposition des grandes alliances économiques, que Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, a effectué une visite officielle de quatre jours en Australie. Perth, Adélaïde, et enfin Sydney : un itinéraire dense, entre rencontres ministérielles, visites de chantiers et prises de parole devant la communauté française. Le message, lui, n’a pas varié d’une ville à l’autre : la France entend être bien plus qu’un partenaire de principe pour l’Australie.

Premier ministre européen à Sydney après l’accord de libre-échange
La visite s’inscrit dans la foulée de la signature de l’accord de libre-échange entre l’Australie et l’Union européenne, et Nicolas Forissier n’a pas manqué d’en souligner la portée symbolique : il est le premier ministre européen à se rendre en Australie après cette signature. « Parmi les pays européens, nous voulons vraiment faire quelque chose, aller plus loin », a-t-il déclaré devant la communauté française à Sydney. « C’est une étape très importante pour nous, et je tenais à le montrer. » La relation franco-australienne, a-t-il rappelé, repose sur des bases solides, valeurs partagées, vision commune du monde, coopération déjà active dans de nombreux domaines et c’est précisément sur ces fondations qu’il entend construire.
La rencontre avec le ministre australien du Commerce Don Farrell, tenue dans la Clare Valley autour d’une dégustation de vins et de fromages des deux pays, a incarné à elle seule l’esprit de la visite : chaleureux, direct, et centré sur la confiance mutuelle. « C’est dans ces moments-là qu’on comprend vraiment qui l’on est et comment travailler ensemble », a confié Nicolas Forissier. Avec une autodérision toute diplomatique, il a reconnu avoir été sincèrement impressionné par les vins australiens : « Par moments, je me demandais si on ne m’avait pas glissé du vin français sans me le dire. » Une déclaration qui, à n’en pas douter, ravira les producteurs de la Clare Valley.
Minerais critiques, terres rares : l’axe stratégique
Sur le fond, c’est bien la question des minerais critiques et des terres rares qui concentre l’essentiel des enjeux. « Les plaques tectoniques du commerce international se frottent violemment en ce moment », a imagé le ministre, citant à la fois la montée en puissance industrielle de la Chine et le durcissement de la politique commerciale américaine. Face à ces turbulences, la France entend diversifier ses partenariats et sécuriser ses chaînes d’approvisionnement en particulier dans les secteurs des nouvelles technologies et de la transition énergétique. L’Australie, grand pays producteur de ressources stratégiques, est naturellement au cœur de cette stratégie. La France y participe d’ailleurs, via son délégué interministériel, au comité de haut niveau mis en place dans le cadre du G7 pour construire une résilience collective sur ces ressources essentielles.
Les chiffres témoignent d’une implantation française en Australie bien plus profonde qu’on ne l’imagine : 900 entreprises, plus de 80 000 employés, et une présence dans des secteurs aussi variés que les hautes technologies, les services financiers, l’agroalimentaire, les transports et les infrastructures énergétiques. Signe concret de cette dynamique, le fonds d’investissement français Infravia a réalisé son premier investissement à l’étranger en Australie, avec un apport de 50 millions d’euros. Nicolas Forissier a également rencontré à Sydney des représentants de grands fonds de pension australiens (superannuation funds), afin de promouvoir les opportunités d’investissement en France car l’enjeu est double : non seulement développer la présence française en Australie, mais aussi attirer les capitaux australiens vers l’économie française.

De Bouygues aux PME : la France à pied d’œuvre
À Adélaïde, le ministre s’est rendu sur le chantier du tunnel Western Harbour – un projet colossal de plus de 10 kilomètres dont Bouygues est l’un des maîtres d’œuvre, pour un montant global de 10 milliards d’euros. Devant les tunneliers en cours de montage, il n’a pas caché son émerveillement et sa fierté de ce savoir-faire français.
Mais au-delà des grands groupes déjà implantés, l’un des messages les plus directs du ministre s’est adressé aux PME et entreprises de taille intermédiaire encore absentes du marché. « Elles doivent venir plus souvent, développer leurs contacts, nouer des partenariats », a-t-il insisté. « Je sais qu’elles trouveront ici une équipe française de qualité pour les accompagner. »
La dimension géostratégique n’a pas été absente des échanges non plus. La France est le seul pays européen disposant d’une présence territoriale et maritime réelle dans la zone Indo-Pacifique, ce qui en fait un interlocuteur naturel pour l’Australie sur les questions de sécurité régionale, surveillance maritime, lutte contre les trafics, approche commune de la stabilité dans la région. « Nous sommes voisins dans l’Indo-Pacifique », a rappelé le ministre, avant de s’adresser avec chaleur à la communauté française réunie à Sydney : expatriés, acteurs culturels, entrepreneurs. Il a salué ceux qui « portent l’excellence et la fierté françaises » au quotidien, évoqué le French Film Festival, et avoué avec le sourire avoir été tellement séduit par l’Australie, du coucher de soleil sur Cottesloe Beach à Perth au lever du soleil annoncé le lendemain matin à Sydney, qu’il avait un instant imaginé y rester. « Monsieur l’ambassadeur, si vous voyez le président, dites-lui que je pourrais peut-être devenir ambassadeur ici. »
Pierre-André Imbert : un départ salué au plus haut niveau

La boutade prenait ce soir-là un relief particulier. Car la soirée était aussi celle des adieux à l’ambassadeur Pierre-André Imbert – celui-là même que Nicolas Forissier avait qualifié en conférence de presse de « super ambassadeur » ayant accompli « un énorme travail depuis deux ans et demi ». Pierre-André Imbert quitte l’Australie la semaine prochaine pour rejoindre l’Élysée en tant que Secrétaire général, soit le plus haut poste de la fonction publique française et le rôle de conseiller principal du président de la République. Une promotion à la hauteur d’un mandat exceptionnel.
Plusieurs personnalités politiques australiennes ont tenu à lui rendre hommage publiquement lors de cette soirée. Matt Thistlethwaite, Assistant Minister for Foreign Affairs and Trade & Assistant Minister for Immigration of Australia a salué son action et sa fierté de compter autant de citoyens français à Maroubra. Jérôme Laxale MP et Zoe McKenzie MP ont tous deux pris la parole pour saluer son action au nom du Groupe parlementaire des Amis de la France.
La députée a d’abord remercié la France pour son engagement en faveur de la ratification de l’accord UE-Australie au sein des institutions européennes, « pas toujours garanti de la part de nos amis de l’Hexagone », a-t-elle glissé avec humour avant de saluer le rôle de l’ambassadeur dans la revitalisation de la relation bilatérale dans « tous les domaines, de la gastronomie aux minerais critiques, de la langue à la logistique ».
Des mots qui sonnent comme une évidence pour tous ceux qui ont eu la chance de travailler à ses côtés.





















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