Après une année de présidence au conseil de Nouvelle Galles du Sud, Bénédicte Colin vient d’être élue Présidente Fédérale de la Chambre Franco-Australienne de Commerce et d’Industries (FACCI). En France, elle était avocate – c’est son expatriation en Australie qui l’a poussée à se lancer dans une carrière commerciale. Elle nous parle de son coup de cœur pour l’île-continent, de sa transition professionnelle, de la FACCI pendant la crise sanitaire…et nous partage quelques conseils.
Pourquoi avez-vous décidé de vous installer en Australie ?
Je me suis installée en Australie avec ma famille en 2007. Mon mari et moi voulions nous installer à l’étranger pour y avoir une expérience enrichissante à la fois pour nos carrières, mais également d’un point de vue personnel. Nous devions nous installer en Argentine, mais la destination a changé pour l’Australie au dernier moment. Nous nous y sommes installés sans préjugé et sans grande attente. A tel point que nous sommes arrivés en juillet sans manteau, sans réaliser qu’à Melbourne c’était l’hiver !
Au départ, nous devions rester en Australie pour deux ans. Nous n’en sommes finalement jamais partis. Puis, en 2016, après neuf ans dans le pays, nous avons demandé et obtenu la citoyenneté australienne. L’Australie pour moi, c’est un coup de coeur inattendu. Je me sens aujourd’hui davantage australienne que française, ou du moins, je peux dire que ma maison est en Australie.
Obtenir la citoyenneté australienne était une étape primordiale dans mon parcours. C’était important pour moi de pouvoir participer à la vie de l’Australie, et de pouvoir y exprimer mes engagements personnels.
Parlez-nous de votre parcours avant d’obtenir le titre de Présidente fédérale de la FACCI.
J’ai reçu en France une double formation juridique et financière. J’ai suivi un master en Business Administration à l’ESSEC, puis je suis devenue avocate au Barreau de Paris. J’ai travaillé pendant dix ans après mes études en cabinets d’avocat, et ai créé mon propre cabinet en 2001, que j’ai quitté au moment de mon départ en Australie en 2007. Une fois arrivée avec ma famille, j’ai fait une pause dans ma carrière pour m’installer dans ce nouveau pays.
J’ai ensuite rejoint Suez en 2009, avec qui j’ai travaillé pendant quatre ans avant de rejoindre Keolis en 2014 en tant que CEO. J’ai également travaillé pour le gouvernement australien, au service Infrastructures. J’ai rejoint en 2017 la Caisse des Dépôts du Québec, qui est un des investisseurs les plus importants au monde, où je suis en charge du portefeuille dédié aux infrastructures, mon domaine de prédilection.
Lorsque vous êtes arrivée en 2007 en Australie, vos études de droit n’étaient pas reconnues. A-t-il été difficile pour vous de vous tourner vers un métier dans le secteur du commerce ?
C’était une grande leçon d’humilité ! J’ai quitté le cabinet d’avocat que j’avais créé en France, et j’ai dû renoncer à ma carrière d’avocate et d’entrepreneure que j’avais déjà construite. Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile, ça a été un arrachement.
Je n’avais pas d’équivalence de diplôme en Australie, et avec trois jeunes enfants, je n’avais pas l’intention de me remettre sur les bancs de l’école. Je me suis donc dirigée vers le commerce, qui pouvait me permettre de concilier mon expertise et mon expérience juridique et financière.
Les Australiens sont moins formels que les Français. Il est facile ici d’aller au contact des gens. Il faut être prêt à construire son réseau autour du célèbre “coffee catch up”, qui ouvre beaucoup de portes. Je n’ai pas trouvé mes postes en passant des entretiens, mais en utilisant mon réseau.
J’ai eu la chance de rejoindre Suez Environnement, d’abord en temps que contractuelle, pour participer à un appel d’offre pour une usine de desalinisation à Melbourne. J’y suis finalement restée quatre ans, car je correspondais au profil recherché : j’étais bilingue et je comprenais les deux cultures. J’ai vécu la vie d’un chantier en construction, avec toutes les problématiques qui en résultent. C’était un baptême du feu et une expérience de terrain qui m’a permis de grandir professionnellement, et d’avoir accès aux opportunités qui m’ont notamment conduit aujourd’hui à la Caisse des Dépôts du Québec.
Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans votre métier ?
Je suis passionnée par les infrastructures. J’ai mis du temps à réaliser que c’était ce qui me plaisait. J’aime la complexité de leur construction. Ce sont des projets qui s’intègrent dans une multitude de dimensions, de l’ingénierie à la politique urbaine. Les chantiers s’inscrivent dans la durée, et doivent améliorer la vie des citoyens. Cette dimension de service public me plaît beaucoup.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans une carrière commerciale ?
L’Australie est un pays ouvert, désireux de recevoir l’expertise d’autres pays. Je conseillerais d’abord à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le commerce ici de comprendre le fonctionnement local. Il faut faire preuve d’humilité, tout en étant capable d’apporter une valeur ajoutée. Dans mon cas, j’ai constaté que les Australiens étaient prêts à apprendre, si l’on prenait le temps de comprendre leurs règles. Il ne faut pas oublier que l’Australie est une île-continent, éloignée du reste du monde, et accepter que, même si on parle anglais, il y a des codes que nous ne possédons pas à notre arrivée. Pour être honnête, les codes changent même de villes en villes! Quand j’ai déménagé de Melbourne à Sydney, j’ai cru arriver dans un nouveau pays. Les communautés de business sont différentes. C’est pour cela qu’à la FACCI nous avons des représentants locaux.
Le deuxième conseil qui m’a guidé tout au long de ma carrière, c’est la curiosité et l’envie d’apprendre. J’ai cherché à apprendre constamment, en changeant de poste, en me dirigeant vers des secteurs que je ne connaissais pas, comme aujourd’hui à la Caisse des Dépôts du Québec, où j’ai mieux compris la perspective d’un actionnaire.
Enfin, mon dernier conseil consiste à discuter avec de nouvelles personnes. En ce moment, je me lance le défi de rencontrer une nouvelle personne chaque semaine. On apprend beaucoup de choses.
Vous êtes directrice d’investissement à la Caisse des Depots et Placement du Quebec, du Port of Brisbane, de Transgrid, de Plenary Group Holding, et de Sydney Community Foundation, présidente de la FACCI… comment gérez-vous cet emploi du temps chargé ?
Je n’ai pas toujours tout fait au même moment ! Mes enfants grandissant, cela devient plus facile avec le temps. La FACCI compte beaucoup pour moi, c’est une activité de bénévolat. La France reste mon pays et m’a beaucoup apporté. En m’investissant dans la FACCI, j’ai le sentiment de servir les intérêts de mon pays, un sorte de “give it back”. C’est très intéressant de lier l’Australie et la France. Je suis convaincue qu’il existe des synergies entre les deux pays. La France a notamment une expertise, un savoir-faire dans de multiples domaines. Nous avons des choses à apprendre à l’Australie, pays jeune qui s’est particulièrement ouvert ces dernières années. C’est pourquoi nous essayons de donner du sens à la FACCI pour nos membres, et d’en faire une place de référence pour les entreprises françaises et australiennes.
Je m’investis également au sein de la Sydney Community Foundation, en particulier dans le Sydney Women fund, qui vient en aide aux femmes en difficulté. Je suis gestionnaire de leurs programmes.
J’ai aussi besoin de faire du sport et notamment de la course à pied pour me défouler !
Comment vivez-vous cette crise sanitaire sans précédent ?
En ce moment, ma priorité se trouve dans la FACCI, dont je viens d’être élue Présidente. Nous faisons tout notre possible pour faire en sorte que l’organisation passe la crise. Mon rôle consiste donc à aider l’équipe opérationnelle à surmonter cette épreuve, et à offrir des services adaptés au climat actuel.
Depuis le début de la crise, nous sommes plus agiles en terme d’organisation. Nous organisons des Webinars, des vidéos conférences. La coordination du bureau fédéral s’est fortifiée, c’est très gratifiant pour notre équipe. Les barrières physiques tombent, on ne s’est paradoxalement jamais autant vus que durant cette crise.
Nous avons également élargi la liste de nos invités, en organisant des webinar avec des Français en France, et des étrangers, pour qu’ils partagent leur expérience. Nous voulons continuer de faire valoir l’excellence de l’expertise française en Australie.
Propos recueillis par Barbara Mousset et Elise Mesnard
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