Le coût astronomique des sous-marins AUKUS fait régulièrement la une des journaux australiens, mais un expert indépendant attire l’attention sur une autre bombe à retardement, celle des déchets nucléaires que ces submersibles produiront inévitablement et dont personne, ni en Australie, ni aux États-Unis, ni au Royaume-Uni, ne sait encore comment les gérer.
Ian Lowe, professeur émérite à la School of Environment and Science de l’Université Griffith et co-président de l’Australian Peace and Security Forum, a publié cette semaine dans The New Daily une analyse fouillée des coûts cachés de l’accord AUKUS. Il rappelle que le gouvernement australien a budgété 368 milliards de dollars pour les sous-marins, soit des centaines de fois le coût d’un nouvel hôpital. Mais ce chiffre ne tient pas compte des déchets nucléaires.
« Personne ne sait ce que cela coûtera », écrit le professeur Lowe, membre du groupe consultatif d’experts de la Commission royale nucléaire d’Australie-Méridionale en 2016. Cette commission avait commandé une étude sur le coût de construction et d’exploitation d’une installation de stockage de déchets radioactifs issus de centrales nucléaires asiatiques, qui avait abouti à un chiffre de 145 milliards de dollars en valeur 2016, soit environ 190 milliards de dollars aux valeurs de 2026. Et ce chiffre serait très certainement une sous-estimation, car les sous-marins Virginia utilisent de l’uranium hautement enrichi de qualité militaire, dont les déchets sont bien plus dangereux.
La question foncière est tout aussi épineuse. Trois tentatives successives de trouver un site pour stocker les déchets nucléaires de faible activité issus de la médecine nucléaire et des applications industrielles ont toutes échoué en raison de l’opposition des communautés des Premières Nations, qui n’ont pas oublié les essais d’armes nucléaires britanniques sur leurs terres. Ian Lowe souligne en outre qu’à la fin de sa vie utile, le réacteur d’un sous-marin de classe Virginia contient encore assez d’uranium enrichi pour fabriquer une vingtaine de bombes nucléaires, ce qui implique une surveillance militaire permanente des installations de stockage.
Le professeur Lowe soulève également la question de la souveraineté australienne. L’accord AUKUS, négocié en secret en 2021 par trois chefs de gouvernement dont aucun n’est plus en fonction, n’a fait l’objet d’aucun examen parlementaire en Australie. Le général à la retraite Michael Smith n’a pas mâché ses mots, qualifiant l’arrangement de « pire décision de défense depuis que nous avons compté sur la Grande-Bretagne pour nous défendre pendant la Seconde Guerre mondiale ».
Une enquête publique sur l’accord AUKUS est actuellement menée sous l’égide de l’Australian Peace and Security Forum, présidée par cinq personnalités de la société civile dont Peter Garrett, ancien chanteur de Midnight Oil et ex-ministre du gouvernement Rudd. Son rapport, attendu en octobre 2026, devrait fournir la base d’un réexamen sérieux d’un accord qui, selon Ian Lowe, engage l’Australie sur une voie bien plus coûteuse et bien plus risquée que ce que le gouvernement a jusqu’ici admis publiquement.





















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