L’Australie a présenté sa décision de céder l’organisation de la COP 31 à la Turquie comme une « grande victoire », mais cette perte a suscité jeudi la déception dans les îles du Pacifique, qui devaient co-organiser la conférence sur le climat.
Canberra renoncé mercredi à sa candidature pour l’organisation de la COP en constatant que la Turquie, l’autre hôte potentiel, refuserait de céder. Une décision justifiée par les protocoles des Nations Unies, d’après lesquels le pays hôte doit être choisi à l’unanimité.
D’après l’accord proposé mercredi, le sommet se tiendra en Turquie, l’Australie présidant à la place les négociations en amont de l’événement.
Le Premier ministre Anthony Albanese a tempéré sa défaite diplomatique, et a déclaré qu’une réunion pré-COP serait organisée dans le Pacifique afin de sensibiliser le public aux défis auxquels la région est confrontée.
« Cela nous permettra de donner la priorité aux questions qui touchent le Pacifique », a-t-il déclaré, notamment « l’existence même de pays comme Tuvalu et Kiribati ».
Des états vulnérables et « déçus »
Un compromis qui n’a pas convaincu les nations insulaires. Interrogé par l’AFP, le ministre des Affaires étrangères de Papouasie-Nouvelle-Guinée s’est déclaré « déçu » et « mécontent » de la conclusion des négociations.
Le chef de la diplomatie papouasienne s’en est pris à l’ensemble du processus du sommet de la COP, le qualifiant de perte de temps. « Qu’est-ce que la COP a accompli au fil des ans ? Rien », a-t-il déclaré à l’AFP. « Ce n’est qu’un forum de discussion qui ne tient pas les grands pollueurs pour responsables. »
Le Pacifique, région pourtant fortement mise en danger par les conséquences du réchauffement climatique, n’a jamais hébergé de sommet international pour le climat.
Ses dirigeants critiquent depuis longtemps les sommets de la COP, qui marginalisent leurs voix ou proposent des solutions limitées, et espéraient que le fait de co-organiser le sommet pour la première fois permettrait de changer cela et de sensibiliser l’opinion publique.
« Faire venir la COP dans le Pacifique permettrait au monde de voir la crise, mais aussi les solutions réelles, locales et adaptables que nos îles proposent », avait estimé plus tôt cette année le président de Palau, Surangel Whipps Jr
« Le Pacifique poursuivra son combat »
Mais le fait d’accueillir la COP aurait également attiré une attention particulière sur le bilan écologique de l’Australie. Malgré son engagement climatique affiché, le pays tire depuis longtemps profit des exportations de combustibles fossiles et investit massivement dans l’exploitation de son sol.
Une contradiction dénoncée par l’ancien Premier ministre de Tuvalu, petite nation insulaire qui pourrait devenir inhabitable au cours de ce siècle si les émissions responsables du réchauffement climatique ne sont pas limitées. Jeudi, il a déclaré que cette décision montrait « le manque d’engagement de l’Australie en faveur de la justice climatique ».
Une colère qui pourrait détériorer la relation qu’entretient l’Australie avec ses voisins, alors que la Chine tente d’étendre son influence sur la région. « Les pays du Pacifique devraient sérieusement repenser leurs relations avec l’Australie », a déclaré Bikenibeu Paeniu à l’AFP.
Il a ajouté qu’il n’était pas suffisant que la région Pacifique accueille un événement pré-COP.
« Quelle occasion manquée, mais le Pacifique poursuivra son combat quoi qu’il arrive. »




















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